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GRAVURE À LA ROUE

Les verres et flacons sont ornementés à la main, par une technique de gravure séculaire et une peinture vitrail aux couleurs vives et pérennes.

La démarche - Faire revivre un patrimoine

La gravure à la roue (appelée Edo-Kiriko à Tokyo) est une méthode d'ornementation du verre, consistant à tailler des facettes plus ou moins profondes à sa surface, créant ainsi des motifs géométriques

Pour cela: on trace des lignes de repère (dessin au feutre) sur l'objet de verre, puis l'on vient manuellement incliner celui-ci contre une roue diamantée. La roue effectue un mouvement rapide et sa trajectoire est fixe. Le motif dépendra entièrement des positions que l'on donnera au verre. La durée et l'intensité de la pression que l'on va effectuer, détermineront la profondeur des entailles.

Si l'Edo-Kiriko poursuit sa fabrication au Japon, l'Europe s'est quant à elle majoritairement détournée des productions artisanales. Les gravures sont réalisées en masse par l'industrie. Les artisans se font rares et certaines techniques, comme la gravure à la roue, ont presque totalement disparu.

​Aujourd’hui, certains artistes perpétuent des techniques manuelles telles que la gravure à l’acide ou à la pointe diamant. Si pour ma part, j'ai choisi la gravure à la roue, c'est pour son rendu de caractère.

Si la gravure à la pointe permet un rendu proche du dessin, fin et détaillé, la gravure à la roue révèle les motifs par la taille même du verre. Elle consiste à facetter la matière, à la manière d’une pierre précieuse, en creusant des arêtes nettes et des lignes régulières qui structurent la surface.

Les créations développent ainsi une esthétique singulière : moins naturaliste que picturale, elles privilégient une écriture géométrique où la lumière naît des facettes et des angles.

LES RÉALISATIONS

Le cristal de Bohême - Les origines du verre facetté

L'art du travail du verre existe depuis l'Antiquité mais consista pendant des siècles à de légères gravures réalisées à la pointe, en surface. Il faudra attendre la fin du XVIᵉ siècle pour voir la gravure au tour s’imposer en Europe centrale, permettant de creuser le verre plus profondément. À la cour de Prague, des artistes comme Caspar Lehmann développent cette technique, qui se diffuse ensuite au XVIIᵉ siècle en Bohême et en Silésie, passant d’un art princier à une large production. 

Au XVIIIᵉ siècle, la Bohême perfectionne un verre plus épais et lumineux — le cristal de Bohême — idéal pour la taille et la gravure décorative. La taille profonde aux motifs géométriques s’impose progressivement dès les années 1730 et influence fortement les artisans européens qui associent désormais gravure et facettage.

L’industrialisation du verre progresse au XIX siècle tout en conservant un artisanat d’excellence pour les pièces de luxe. Pour rivaliser avec le cristal anglais au plomb, les verriers bohèmes développent les verres colorés et enrichissent les décors en combinant taille, gravure, dorure ou émail, tandis que des maisons comme Moser acquièrent une renommée internationale. Parallèlement, des techniques plus rapides comme la gravure à l’acide complètent les procédés traditionnels.

Enfin, au XXᵉ siècle, les mouvements artistiques tels que l’Art nouveau et l’Art déco orientent le verre vers des formes sculpturales et des effets de matière, plutôt qu'une gravure classique. Si certaines manufactures perpétuent aujourd'hui la tradition du cristal gravé, les technologies contemporaines viennent aujourd’hui largement remplacer ce savoir-faire. 

Exemples de différentes techniques (de gauche à droite) : gravure à la pointe diamant, gravure à l'acide et gravure à la roue.

L'Edo-Kiriko 江戸切子 - Le travail du verre au Japon

Si le verre est importé dès le XVI siècle, il faudra attendre l'ère Edo pour voir les premières créations en verre au Japon. Au XIX siècle, l'artisan verrier Kagaya Kyubei s'installe en 1834 dans le quartier d'Odenmacho à Edo. Voici un document d'archives daté de 1867 présentant ses réalisations. Cet extrait, semblable à un catalogue illustré, est précieux pour découvrir les produits verriers de l'époque. On y lit que le verre japonais était alors aussi bien commercialisé à l'échelle nationale qu'à l'étranger. Le document indique également avoir été utilisé comme papier d'emballage, permettant de faire la promotion de ces articles en verre.

Le développement de cet art apparaît avec l’ère Meiji à la fin XIXᵉ siècle. En 1873, la verrerie Shinagawa Kogyosha ouvre ses portes. Elle invite en 1881 le verrier britannique Emmanuel Hauptmann pour transmettre les techniques occidentales de taille du verre : le verre de Bohème. Plus d’une douzaine d’artisans japonais suivent sa formation, donnant naissance aux techniques traditionnelles de l’Edo-Kiriko, toujours pratiquées aujourd’hui. Si le Japon pratiquait déjà le travail du verre avec une approche manuelle, Emmanuel Hauptmann enseigne les bases de l’industrie du verre taillé moderne avec l'utilisation de la roue.

L'Edo Kiriko a été reconnu comme artisanat traditionnel de Tokyo en 1985, puis comme artisanat traditionnel national en 2002. Il occupe aujourd’hui une place majeure dans l’artisanat japonais : à la fois patrimoine culturel, savoir-faire vivant et symbole d’élégance.

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